La gestion des Colonies relève traditionnellement des prérogatives du ministre de la Marine. Joseph Reinach propose la création d’un ministère de plein exercice à la Chambre des députés. La loi est votée le 20 mars 1894. Toutefois, les discussions, les négociations et les influences sous-jacentes caractérisent la décision républicaine de fonder un tel ministère. Depuis plusieurs décennies, mis à part quelques exceptions provisoires, la gestion du domaine colonial ne semblait pas nécessiter d’administration dédiée. Mais en 1894, tout change. Pourquoi ?
-L’influence grandissante du lobby colonial
Déjà, depuis les années 1870, se rencontrent et opèrent en outre-mer des missions scientifiques, qui aboutissent à l’agrandissement du domaine colonial français. Non sans entrer en compétition, après la Conférence de Berlin en 1881, avec les autres puissances européennes ! Mais dans la sphère politique, un homme semble rassembler les mouvements coloniaux et faire la synthèse des groupes informels, Eugène Etienne.

Né en 1844 à Oran, Eugène Etienne se révèle être un proche collaborateur de Léon Gambetta et soutient son programme ; à ce titre, il est élu à la Chambre de 1881 à 1919. Gambettiste convaincu, aux côtés d’un autre député, Auguste d’Arenberg, ils sont les deux principaux et ardents promoteurs de l’expansion coloniale à la Chambre.
Tous deux ils fondent le Comité de l’Afrique Française en 1890, qui s’ajoute à la nébuleuse coloniale et qui est, de fait, leur première association politique manifeste. Eugène Etienne devient sous-secrétaire d’Etat à la Marine et aux Colonies de 1887 à 1892, poste qui lui suscite des critiques, notamment de la part de Ludovic Trarieux : “Il est ministre de fait, et non ministre de droit”.
Lors de la chute du gouvernement Freycinet en 1892, Etienne perd son poste de sous-secrétaire d’Etat, mais il souhaite reprendre l’initiative des questions coloniales. De ce vide politique est né le “parti colonial” , mouvement républicain rassemblant, à l’origine, 42 députés du centre et du centre gauche et se révèle être un véritable groupe de pression sur les questions gouvernementales. Toutefois, le groupe qui se compose à la Chambre, et plus tard au Sénat, n’est que la partie visible de l’iceberg. Autour d’Eugène Etienne s’organise une véritable industrie coloniale, regroupant des politiques, des intellectuels, des militaires et des publicistes, formant une chaîne de diffusion des idées coloniales.
Alors commence à s’installer dans le paysage politique un mouvement colonial, qui revendique à la Chambre les intérêts fondamentaux que représente, bien souvent, le commerce et le besoin de débouchés.
-Un Ministère des Colonies en France
Joseph Chailley, dans la célèbre Revue des Deux Mondes, écrit en 1894, après le vote actant la création du Ministère des Colonies :
“Les Hollandais en ont un depuis 1834, les Anglais depuis 1854, soixante ans après les premiers, quarante ans après les seconds, nous arrivons logiquement […]. Reste maintenant à créer l’organisme nouveau et à en tirer un bon parti”.

In fine, le sommet de la pyramide coloniale n’est que l’aboutissement d’une succession de l’architecture coloniale : l’inspection des colonies est créée en 1887, le conseil supérieur des colonies en 1883, l’École coloniale en 1889. Ainsi, dès 1890, Eugène Etienne charge une commission, non sans influer la Chambre, de trouver les éléments qui prouveront et justifieront une dépense pour permettre aux colonies d’avoir leur ministère dédié. La chute du gouvernement Freycinet et la perte du sous secrétariat d’Etat, ne fait que confirmer l’urgence pour Etienne d’aboutir à un projet de nouveau ministère.
La loi est votée le 20 mars 1894. Le ministère des Colonies comprend le cabinet du ministre, auquel sont souvent rattachées les archives et trois grandes directions : personnel, affaires administratives et commerciales ; comptabilité et services pénitentiaires ; affaires militaires.
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