Théophile Delcassé, ministre des Affaires étrangères de la France entre 1898 et 1905, marque l’histoire politique de la IIIe République. Considéré comme un acteur majeur des relations internationales de la fin du XIXe siècle, il est l’architecte de l’Entente cordiale avec le Royaume-Uni, jouant un rôle crucial dans l’affirmation de la puissance coloniale française. Sous sa direction, la France consolide ses possessions coloniales et renforce sa position sur la scène internationale.
L’implication et l’action de Théophile Delcassé dans le développement de l’administration et de la politique coloniale sont singulières. D’abord, parce qu’elles s’inscrivent dans la deuxième phase du processus colonial, à partir de 1890. En effet, il s’engage auprès de groupes d’intérêt structurés et devient sous-secrétaire d’État puis ministre des Colonies au moment où l’Outre-Mer se dote d’un portefeuille ministériel.
I) Carrière politique et influence : l’influence du « parti » colonial
Licencié ès lettres, Théophile Delcassé débute sa carrière politique en tant que journaliste au quotidien La République Française, fondé par Léon Gambetta. Élu député de l’Ariège en 1889, il est soutenu par Jules Ferry, aidé par Alexandre Ribot et fréquente les cercles du « parti » colonial, auprès d’un certain Eugène Étienne. Théophile Delcassé est nommé sous-secrétaire d’État aux Colonies en 1893, puis devient ministre des Colonies l’année suivante.
Dès 1893, alors que les membres du « parti » cherchent des locaux pour leur administration, Delcassé se prononce favorable à l’installation du ministère au Pavillon de Flore, une décision actée en 1893 par le conseil des ministres. En Métropole, Delcassé poursuit une politique d’expansion visant à renforcer la puissance et l’influence de la France, concentrant ses efforts en Afrique. Alors sous-secrétaire d’État, il s’entretient avec Parfait-Louis Monteil au sujet d’une nouvelle mission vers le Nil, à laquelle il associe Maistre et Chavanne, deux pensionnaires de la crémerie rue Mazarine.
Toutefois, son travail et sa nomination en qualité de ministre des Colonies ne sont pas sans faire réagir les anticolonialistes. En effet, en 1894, Adrien Henri Canu publie La Pétaudière coloniale, ouvrage dans lequel l’auteur s’attaque aux gouverneurs, administrateurs et parlementaires qui défendent les opérations et missions coloniales. Eugène Étienne et Théophile Delcassé sont notamment des cibles de choix dans la formulation des critiques anticolonialistes.
II) Colonies et politiques étrangères : la mission et la crise de Fachoda
Alors que Parfait-Louis Monteil, blessé au combat contre Samory Touré, doit prendre congé, la mission en direction du Nil est confiée à Jean-Baptiste Marchand, capitaine d’infanterie de marine. Au grand dépit de Victor Liotard, choisi par Théophile Delcassé en 1894 pour mener cette expédition, ce dernier prend lui-même congé des affaires coloniales en 1895 et retrouve le portefeuille des Affaires étrangères en 1898.
Ainsi, la mission Marchand part du Congo français et traverse une partie de l’Afrique jusqu’à Fashoda (aujourd’hui Kodok) au Soudan, provoquant une confrontation avec les forces britanniques de la mission Kitchener. De multiples échanges avec les ambassades respectives conduisent Théophile Delcassé et la mission Marchand à se retirer.
Néanmoins, si l’opinion publique française, se sentant humiliée, provoque une vague d’anglophobie, la signature de l’Entente cordiale avec le Royaume-Uni en 1904 entérine cette crise diplomatique. Cet accord historique a non seulement réduit les tensions entre les deux nations, mais a également permis à la France de se concentrer sur ses ambitions coloniales sans craindre de confrontation directe avec les Britanniques.

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