Richard Francis Burton naît le 19 mars 1821 à Torquay, dans le Devon, au sein d’une famille militaire qui séjourne longuement en France et en Italie pendant son enfance. Après un bref passage à Oxford, il entre en 1842 dans l’armée de la Compagnie anglaise des Indes orientales et sert principalement en Inde, où il acquiert une connaissance exceptionnelle des langues, des sociétés et des cultures du sous-continent. Cette formation fait de lui bien davantage qu’un simple voyageur : il est à la fois officier, linguiste, orientaliste, ethnographe et écrivain. Dans les années 1850, il passe à une véritable carrière d’explorateur avec ses voyages en Arabie, en Somalie et en Afrique orientale ; il participe notamment, avec John Hanning Speke, à l’expédition qui atteint le lac Tanganyika en 1858. Sa carrière ultérieure est celle d’un diplomate et d’un écrivain extrêmement prolifique, jusqu’à sa mort à Trieste le 20 octobre 1890.

Le pèlerinage à La Mecque (1853)

Burton doit une grande partie de sa célébrité à son pèlerinage à Médine et La Mecque en 1853, accompli sous une identité musulmane afin de pouvoir pénétrer dans des villes interdites aux non-musulmans. Son exploit repose moins sur une prétendue « première découverte », des Européens avaient déjà atteint les villes saintes, que sur la combinaison exceptionnelle de préparation linguistique, de connaissance des pratiques islamiques et d’observation ethnographique qui lui permit de voyager comme pèlerin et d’en rapporter une documentation extrêmement détaillée. Le récit publié ensuite, Personal Narrative of a Pilgrimage to Al-Madinah and Meccah, établit durablement sa réputation. Son expédition d’Afrique orientale de 1857-1859 renforce ensuite cette renommée : Burton et Speke atteignent le lac Tanganyika en 1858, tandis que Speke poursuit ses recherches vers le nord et identifie le lac Victoria. La Royal Geographical Society reconnaît les travaux africains de Burton par sa médaille, tandis que la Société de géographie de Paris leur décerne en 1860 son Grand Prix des explorations.

L’explorateur et le diplomate (1857-1870)

Les expéditions dans la région des lacs et la fondation de la Société d’anthropologie de Londres. L’expédition menée par Richard Francis Burton et John Hanning Speke en Afrique orientale entre 1857 et 1859 constitue l’un des épisodes centraux de sa carrière. Soutenue par la Royal Geographical Society et le gouvernement britannique, elle avait notamment pour objectif d’explorer les régions intérieures situées à l’ouest de Zanzibar et d’éclaircir la question des sources du Nil. Après avoir quitté la côte en juin 1857, les deux hommes atteignent le lac Tanganyika le 14 février 1858, que Burton étudie et décrit longuement. Speke poursuit ensuite vers le nord et aperçoit le lac Victoria, qu’il considère comme la principale source du Nil ; cette interprétation donnera lieu à une controverse durable avec Burton. L’expédition apporte surtout une masse considérable d’informations géographiques et ethnographiques sur une région encore très peu connue des Européens et donne à Burton une reconnaissance scientifique durable. Il publie ses résultats dans The Lake Regions of Central Equatorial Africa (1860), après avoir présenté ses observations à la Royal Geographical Society.

En 1861, Burton entre officiellement au service diplomatique britannique et est nommé consul à Fernando Po (aujourd’hui Bioko, en Guinée équatoriale), poste qu’il occupe jusqu’en 1865. Loin de limiter ses activités à ses fonctions consulaires, il profite de cette affectation pour explorer l’Afrique occidentale, notamment les régions du Dahomey et du Cameroun, et publie plusieurs ouvrages issus de ses observations.

De retour à Londres à la fin de 1862, Burton s’investit également dans l’institutionnalisation de l’anthropologie. Le 6 janvier 1863, il participe avec James Hunt à la fondation de l’Anthropological Society of London, issue d’une scission avec l’Ethnological Society of London. La nouvelle société entendait faire de l’anthropologie une discipline fondée sur l’observation et la comparaison des sociétés humaines et offrit à Burton un cadre où valoriser les observations accumulées au cours de ses voyages. Il y publia notamment des travaux sur les populations d’Afrique occidentale et intervint régulièrement dans les débats de la société ; l’Anthropological Review, créée comme organe de l’association, publia plusieurs de ses contributions. Cette institution doit toutefois être replacée dans les controverses scientifiques et idéologiques de l’anthropologie victorienne : ses membres débattaient notamment des différences entre populations humaines et de la question du polygénisme, dans un contexte marqué par les classifications raciales du XIXᵉ siècle. La société disparut en 1871 en fusionnant avec l’Ethnological Society pour former le Royal Anthropological Institute.

En 1865, il est transféré à Santos, au Brésil, où il reste jusqu’en 1869 et poursuit ses explorations de l’intérieur du pays, notamment dans les hauts plateaux brésiliens ; il effectue également des missions d’observation liées à la guerre du Paraguay. Nommé ensuite consul à Damas en 1869, il dispose d’un poste particulièrement adapté à sa connaissance de l’arabe et du Proche-Orient. Son mandat y est cependant marqué par des tensions avec les autorités ottomanes et par ses interventions dans plusieurs affaires religieuses et politiques locales. Il quitte finalement la Syrie et est affecté à Trieste en 1872, où il demeure consul jusqu’à la fin de sa vie.

Une rencontre à Boulogne-sur-Mer et un mariage (1853)

En janvier 1861, Richard Francis Burton épousa Isabel Arundell, issue d’une ancienne famille catholique de l’aristocratie anglaise. Les sources situent leur première rencontre à Boulogne-sur-Mer en 1851, alors que Burton y séjournait et qu’Isabel y recevait une partie de son éducation. Leur relation, interrompue pendant plusieurs années par les voyages et la carrière militaire de Burton, reprit en 1856 et se transforma en engagement, malgré l’opposition de la famille Arundell, qui s’inquiétait notamment de la situation financière et de la réputation religieuse du futur époux.

Le couple se maria finalement le 22 janvier 1861 dans la chapelle catholique bavaroise de Warwick Street à Londres, après l’obtention d’une dispense pour mariage mixte auprès du cardinal Wiseman. Isabel allait ensuite jouer un rôle important dans la carrière intellectuelle et littéraire de Burton, comme secrétaire, collaboratrice et auteur.

Les liens avec les cercles parisiens

Les liens de Burton avec Paris sont d’abord ceux d’une sociabilité savante, à la frontière entre géographie et orientalisme. Ses travaux consacrés au Sind et aux sociétés musulmanes furent connus dans les milieux orientalistes français, et une notice de l’Institut royal colonial belge indique que l’essentiel de ses premières recherches fit l’objet de communications à la Société asiatique. Or la BnF donne comme ancienne adresse de cette institution le 3, rue Mazarine, ce qui place Burton dans l’orbite intellectuelle d’un des principaux foyers parisiens d’études orientales et, plus tard, viviers d’explorateurs.

Richard Francis Burton entretient également une relation directe avec la Société de géographie de Paris : en février 1855, depuis Aden, il adresse en français au secrétaire général de la Société un mémoire sur la route de Zayla à Harar, publié dans son Bulletin de juin 1855 ; quelques années plus tard, l’institution récompense son expédition africaine. Il faut cependant distinguer cette présence institutionnelle d’une fréquentation mondaine : les sources consultées ne permettent pas d’établir que Burton ait été un habitué régulier de la Petite Vache, restaurant de la rue Mazarine qui devint, surtout à partir de la fin des années 1850, un lieu de rencontre des géographes et explorateurs parisiens.

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