Militaire, géographe et secrétaire général de la Société de géographie
Né le 23 juin 1830 à Poggi-Bonsi, en Toscane, sous nationalité suisse, Charles Jean Maunoir appartient à cette génération de savants issus d’horizons transnationaux qui participent activement à l’essor des sciences géographiques en France sous le Second Empire et la Troisième République. Il obtient la nationalité française en 1850, et s’engage peu après dans l’armée, à Lyon, au 2e régiment de chasseurs à cheval, en septembre 1852. Blessé grièvement deux ans plus tard, il est réformé et réintégré dans l’administration militaire, où il rejoint le dépôt des cartes du Ministère de la Guerre.
Le secrétaire général de la Société de géographie : l’ère Maunoir
Charles Maunoir est indissociable de la Société de géographie de Paris. En 1867, succédant à Victor-Adolphe Malte-Brun, il occupe la fonction de secrétaire général, sans interruption jusqu’en 1896, date à laquelle il devient secrétaire honoraire. Pendant près de trente ans, il dirige la publication du Bulletin de la Société de géographie, qu’il transforme en une revue de référence, à la fois pour les professionnels de l’exploration, les administrateurs coloniaux, et les lecteurs érudits. En parallèle, il dirige L’Année géographique entre 1862 et 1878, une publication de vulgarisation scientifique qui constitue un outil de diffusion complémentaire.

Un homme nodal des réseaux savants et pro-coloniaux
Charles Maunoir s’impose comme un homme de réseaux. De 1870 jusqu’en 1878, il tisse des liens avec les savants, les explorateurs et quelques amitiés en politique, avec Jules Ferry. Il devient notamment membre de la Commission des voyages et missions scientifiques, en lien avec le ministère de l’Instruction publique. Il joue un rôle actif dans le soutien logistique, matériel et symbolique aux grandes missions d’exploration — celles de Jules Crevaux, Victor de Compiègne, Alfred Marche, ou Pierre Savorgnan de Brazza — qu’il encourage et dont il valorise les résultats dans les cercles de la Société de géographie. Proche d’Ernest Hamy, il est membre du conseil d’administration de la Société des américanistes dès sa fondation en 1896.
La carrière de Maunoir est marquée par une reconnaissance officielle modeste mais significative. Il est décoré de la Légion d’honneur, sans que son nom ne figure parmi les grandes figures médiatisées de l’époque. Sa discrétion, sa régularité et sa capacité à organiser les moyens de l’expansion savante en font pourtant une figure pivot de la géographie d’empire, plus influente qu’éminente.
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