Après la guerre de 1870, un courant nouveau irrigue les ambitions coloniales françaises. La nébuleuse coloniale bat son plein et se regroupe en un “parti colonial” dès le début des années 1890. Eugène Etienne en devient le principal représentant.
Né en 1844 à Oran, Eugène Etienne se relève être un proche collaborateur de Léon Gambetta et soutient son programme ; à ce titre, il est élu à la Chambre de 1881 à 1919. Gambettiste convaincu, aux côtés d’un autre député, Auguste d’Arenberg, ils sont les deux principaux et ardents promoteurs de l’expansion coloniale à la Chambre.


Ils fondent ainsi le Comité de l’Afrique Française en 1890, qui s’ajoute à la nébuleuse coloniale et qui est, de fait, leur première association politique manifeste. Eugène Etienne devient sous-secrétaire d’Etat à la Marine et aux Colonies de 1887 à 1892, poste qui lui suscite des critiques, notamment de la part de Ludovic Trarieux : “Il est ministre de fait, et non ministre de droit”. Lors de la chute du gouvernement Freycinet en 1892, Etienne perd son poste de sous-secrétaire d’Etat, mais il souhaite reprendre l’initiative des questions coloniales. De ce vide politique est né le “parti colonial”, mouvement républicain rassemblant, à l’origine, 42 députés du centre et du centre gauche, qui se révèle être un véritable groupe de pression sur les questions gouvernementales.
Toutefois, le groupe qui se compose à la Chambre, et plus tard au Sénat, n’est que la partie visible de l’iceberg. Autour d’Eugène Etienne s’organise une véritable industrie coloniale, regroupant des politiques, des intellectuels, des militaires et des publicistes, formant une chaîne de diffusion des idées coloniales. D’abord restreint aux cercles de la nébuleuse, les bulletins et autres organes de presse se destinent de plus en plus aux masses et souhaitent sensibiliser l’opinion publique à la question coloniale. En effet, à la base de cette chaîne, se trouvent les officiers ralliés à la cause coloniale (la Phalange Coloniale) et qui diffusent, aux comités et sociétés en Métropole, les informations de l’Outre-Mer. Sous l’égide d’Harris Alis (Hippolyte Percher) et Auguste Terrier (principal agenceur du “parti colonial”), se développe une presse coloniale, avec en tête, les Bulletins du Comité de l’Afrique Française. Chacun considère que la propagande, par le voyage, l’image, la cartographie, la photographie mais aussi la francophonie sont nécessaires pour accoutumer les politiques, les gouvernements et les masses aux questions coloniales et à l’importance des possessions Françaises en Outre-Mer.

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